Tout est bon dans le son #2 KRAUTROCK/KOSMISCHE MUSIK

LA KOSMISCHE MUSIK OU KRAUTROCK

Krautrock. Ca sonne obscur. Et ça sent le chou.

Le Krautrock, c’est difficile à cerner. Les membres de cette scène n’ont que très peu de dénominateur commun à part le fait qu’ils fassent des morceaux très longs (pas loin de 10min), qu’ils aient une grande liberté de jeu et un côté hypnotique avec une rengaine rythmique. Le terme Krautrock n’aide pas non plus à comprendre. Cependant, le terme musique cosmique ou musique planante est déjà plus parlant pour définir ce à quoi on a à faire.

Comment ça s’joue

Il n’y a pas de définition exacte de comment jouer du krautrock. Les musiciens de cette période ont tous fait des travaux très différents. On peut noter quand même quelques petites similitudes. Certains groupes comme Neu !, Can ou Faust lancent un jeu de batterie appelé le Motorik, très proche du son du moteur d’une voiture sur une autoroute. En gros, on appuie chaque temps avec la grosse caisse et on laisse évoluer. Cette rythmique est ainsi plus lancinante et répétitive, hypnotique.

Les musiciens imposent aussi les sons synthétiques avec l’utilisation de clavier beaucoup plus en avant que dans les autres styles de musique. La musique cosmique vient de ces sons produit synthétiquement rappelant la profondeur de l’espace.

Au delà des instruments, c’est l’environnement d’enregistrement, le studio, qui est lui-même mis à contribution en tant qu’instrument de musique et est vu comme autre chose qu’un simple outil de production.

A l’instar des groupes de rock progressif dont ce genre s’est inspiré, le krautrock laisse une grande place à l’improvisation.

Historique

Nous sommes à la fin des années 60 en Allemagne. Le pays est encore traumatisé par la seconde guerre mondiale et se répare doucement de ses stigmates. Cependant, maintenant, il y a un mur qui scinde le pays en deux. À cette époque, c’est le pop rock anglosaxon et le rock américain qui mènent sur les stations de radio, on entend les Beatles et les Who et leur suprématie n’est pas remise en question. Les forces armées américaines restées sur place apportent le coca mais aussi le rock’n roll à une jeunesse habituée au rationnement et aux groupes imitant le rock outre atlantique.

À la fin de ces mêmes années 60 souffle un vent libertaire en Europe : Le Printemps de Prague, les grèves italiennes, mai 68, les mouvements étudiants polonais, tout ça change la donne chez la jeunesse allemande. Au milieu de cette jeunesse essayant de recopier les riffs des classiques du rock anglais et américain, une frange s’intéresse à la déferlante du rock psychédélique, progressif et arty (Doors, Grateful Dead, Zappa, King Crimson, Velvet Underground) mais aussi à la vague de musique minimaliste du début des années 60 menée par Terry Riley, John Cage et Steve Reich.

À cette époque, les travaux du compositeur contemporain Karlheinz Stockhausen marquent considérablement la vie artistique allemande et les esprits, notamment ceux de deux membres du groupe Can, qui deviennent un temps élèves du compositeur. Stockhausen devient une sorte d’icône de l’underground et une grande source d’inspiration essentiellement autour de son œuvre « Hymmen » en 1966, qui scandalise l’Allemagne bien-pensante en malmenant l’hymne national sur fond d’expérimentations électroniques et de collages.

Quelques scènes allemandes s’emparent alors du psychédélisme, et non seulement se l’approprient mais le dépassent en le combinant avec tout ce que la musique a à offrir à l’époque.

La Kosmische Musik voit le jour cependant ne trouve pas de véritable scène. Enfin, il y a plutôt une scène différente dans chaque ville ; Tangerine Dream et Agitation Free débutent à Berlin, Amon Düül à Munich, Can à Cologne et chacun possède sa propre identité musicale.

Fin 1968, le journaliste rock hollandais Rolf-Ulrich Kaiser organise avec d’autres compagnons L’internationale Essener Songtage Festival et c’est la première fois que l’on voit des groupes comme Guru Guru, Amon Düül et Tangerine Dream sur une même scène. Cette même année, la Kosmische Music est propulsée par le succès du premier album de Can Monster Movies et du Phallus Dei de Amon Düül II.

Rolf-Ulrich Kaiser, encore lui, décide avec le producteur Pieter Miesel de monter le label Ohr afin d »étendre encore plus le potentiel du rock expérimental germanique.

En 1971, le groupe Faust signe sans même avoir rien sorti avec le label Polydor. Quelques mois après la création de Faust, deux employés du label Ohr excédé par la personnalité de Rolf Ulrich Kaiser, fonde Brain Records et s’en suit la création d’une multitude de maison de disques autour de ce genre.

On assiste alors à une véritable orgie créative et à une éclosion de groupes et d’albums, à raison de plus de 150 disques par an, ce qui est plutôt énorme. Dans le même temps, la presse internationale commence à s’intéresser au phénomène, désormais consacré par l’expression « Krautrock ». De nouveaux studios se fondent, les groupes se séparent et se reforment, chaque musicien est mobile et le Krautrock devient un genre musical incestueux conservant un grand esprit de liberté. De plus, l’émergence de l’électronique fait qu’elle évolue rapidement, s’affinant. La production devient plus sophistiquée et complexe, des possibilités prodigieuses s’ouvrent à tout ces groupes.

Avec l’arrivée du LSD en Europe et sa rencontre avec Timothy Leary, Rolf Ulrich Kaiser se met en tête d’ouvrir les consciences par l’utilisation de cette drogue psychédélique. Il monte le sous label « Cosmic Courriers » et organise de longues et éprouvantes sessions d’enregistrement avec de nombreux groupes Kraut. Ces jams sessions dopées faites, il les édite et mixe à sa propre sauce sans l’accord des groupes et sort des albums totalement délurés sous le nom de Cosmic Jokers. Les artistes de ses propres labels portent plaintes, les contrats sont alors annulés par la justice allemande ce qui nuira beaucoup à sa réputation.

Malgré cette mésaventure, les groupes continuent de produire et ne s’arrêtent pas. La sortie en 1974 de Autobahn de Kraftwerk marquera le point culminant de cette période, donnant au groupe le statut de légende et influençant à grande échelle les nouvelles générations de musicien.

Cependant, même si le genre aura réussi à accrocher les oreilles des critiques durant cette période, il faudra attendre les années 80 voir 90 avant que ces groupes ne soient bel et bien connus en Europe et outre atlantique.

Le Krautrock laisse un large héritage. Et il faudra attendre la sortie de trois livres importants sur le sujet (Krautrocksampler du gallois Julian Cope, The Crack in the Cosmic Egg des frères Freeman, et Cosmic Dreams at Play de Dag Asbjørnsen) avant que les mélomanes déterrent les trésors de la Kosmische Music et redonnent à ce genre la place qu’il mérite, le maillon de l’évolution musicale qu’il manquait entre la vague psychédélique, la brit pop des années 60 et la vague post-punk et new wave des années 70.

Le Krautrock influence énormément la nouvelle génération de groupes qui eux se lancent dans plusieurs mouvements qui auront de l’importance dans l’histoire de la musique : notamment L’ambient, le post-punk, la new wave, le stoner et le post-rock. On peut penser à des groupes comme Slint, Tortoise, Stereolab, Radiohead, Brian Eno, Queens of the stone age, Boredoms, Autechre, Public Image LTD, Joy Division…

Le zheul et le rock in opposition

Faisons une petite aparté sur deux mouvements apparus durant la même période que le krautrock : Le Zheul et le Rock in Opposition. Tout comme le krautrock, ces deux mouvements proviennent de l’influence du rock progressif.

Le Zheul démarre en France à la fin des années 60 avec un groupe qui deviendra mythique tant pour son influence que par sa personnalité : Magma. Fondé par le batteur/Chanteur Christian Vander, le groupe mélange rock, jazz, musique avant-gardiste, chant choral, et nouvelle langue nommée le kobaïen développant un genre unique. Il obtient une petite reconnaissance à l’international en 1973 à la sortie de Mekanik Destruktiw Kommandoh, pièce de 40min. Cependant, ils ne connaîtront jamais de succès commercial contrairement à des groupes de rock progressif comme Genesis ou Yes.

Dominique Leone de Pitchfork Media dira du Zheul « qu’il sonne comme ce que vous attendez d’un opéra rock alien : Massif, martial, avec une chorale de chant aux motifs hypnotiques, des percussions répétitives, où apparaissent soudainement des improvisations explosives aux descentes inattendues vers un rock sinistre et minimaliste. » (oui, c’est traduit avec le cul, mais mon cul, c’est du pouhiou) À écouter d’urgence pour les amateurs de musique hors sentier battu.

Fin 70, apparaît un collectif de groupes de rock progressifs aux tendances expérimentales qui n’arrivent pas à trouver de maisons de disques pour promouvoir leur musique. Agacé par ce manque d’intérêt, ils décident de monter leur propre mouvement : Le Rock In Opposition. C’est sous l’impulsion du groupe Henry Cow après avoir tourné dans toute l’europe excepté l’angleterre, leur pays d’origine et après avoir rencontré des groupes subissant le même problème que tout cela se monte. Le collectif comprend alors les groupes Henry Cow, Stormy Six, Samla Mammas Manna, Univers Zero et Etron Fou Leloublan (ouioui).

Ils décident alors de monter leur propre festival au nouveau théâtre de Londres début 78 dont on peut lire sur le flyer : « Cinq groupes que les grandes maisons de disques ne veulent pas que vous écoutiez ».

Le but premier de ce mouvement est de promouvoir les groupes y appartenant mais il est difficile d’y adhérer. Il y a trois points à respecter : adhérer à « l’excellence musicale » (évalué par les membres déjà présents dans le collectif), être actif musicalement en dehors du système traditionnel et s’engager auprès du rock.

Quelques festivals se créent de nouveau mais se disloquent à la toute fin des années 70. Le terme Rock In Opposition sera alors récupéré par les auditeurs et utilisé comme un genre musical pour qualifier des groupes de rock progressifs expérimentaux hors système.

Maintenant

En 2015, il est difficile de dire qu’un groupe fait du krautrock. Le krautrock est un de ces genres figés dans le temps, c’est un nom que l’on peut donner à une période. Les artistes de maintenant sont influencés par le krautrock mais vu comment ce terme est musicalement large et varié, il est compliqué de se revendiquer entièrement krautrock.

Mais cet aube du troisième millénaire nous offre tout de même une floppée de groupes inspirés directement de ce sous-genre musical et nous montre à quel point ce genre est toujours actif dans la mémoire collective. Rien qu’en France, on peut citer Electric Electric, Zombie Zombie, San Carol, Marvin, Chausse Trappe… Hors de nos frontières, Mars Volta, Tristesse contemporaine, Trans AM, Beak, Disappears, Nissennenmondai, acid mothers temple, bajram bili…

CONCLUSION

Le krautrock (mais aussi le zheul et le rock in opposition) ont eu une influence non négligeable sur la palette musicale actuelle. Et surtout, ce mouvement est la preuve d’une belle chose : Des genres aux codes très spécifiques peuvent naître et s’imposer tout en s’affranchissant des influences de l’époque. Certes, ce mouvement reste très peu diffusé, difficile pour les radios à grande écoute de balancer des morceaux répétitifs de 15min, mais personne ne peut négliger l’impact qu’il a eu ni nier que ce genre est bien unique. Notre musique actuelle doit beaucoup à ce petit groupe d’allemands bidouilleur, tant dans la conception des instruments, les effets que la structure sonore et le rythme. Sans eux, exit la seconde vague de la musique industrielle, la musique techno et électro, le post-rock, la new wave et la moitié du stoner !

Pour moi, et c’est bien un avis personnel, la Kosmische Musik nous crie quelque chose. Ce Quelque chose, c’est:Créez ! Créez, bon sang de bois ! Il y a tant à faire qui n’est pas fait, tant de matière sur laquelle rebondir ! Mélangez les influences les plus diverses et voyez ce que ça donne. Même un tas de poubelles peut inspirer les plus grands compositeurs alors pourquoi pas vous ?

Source : http://krautrock.hautetfort.com/ , http://www.furious.com/perfect/krautrock.html, https://francoisemassacre.wordpress.com/2005/08/14/petite-histoire-du-krautrock/

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